Jacques a dit
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Florilège des 'bons mots' de Jacques GIRIN
ECRIRE v.t. (lat. scribere)
' Sujet libre, juste un mot imposé, un nom (au fait le propre ou le commun ?). Pas la moindre obligation. C'est malin ! Voilà déjà une bonne raison qui tombe, pour se fendre d'un papier : la contrainte. Je n'en connais que deux autres qui vaillent d'écrire.La colère, d'abord. Bonne idée, ça tombe pile. Ce vilain rapporteur-à-particule qui vient de me descendre méchamment au CNRS en disant que j'étais hors sujet, et ces Commissaires qui laissent passer devant moi un (gentil) concurrent-à-particule. Ils choisissent bien leur moment, pour comploter, ceux-là. (?)L'amour. Agitation de l'esprit, bouleversement de l'â,me, ébullition du c?ur, effervescence du corps. Beau sujet, donc, pour placer le mot. Belle raison, la troisième et dernière que je connaisse pour écrire. Une vraie et profonde lettre d'amour, de longues périodes bien balancées pour dire à sa Belle la vénération et la tendresse, honorer sa splendeur, pleurer l'éloignement, exposer l'état d'un c?ur chaviré de nostalgie, de crainte et d'espoir depuis la dernière rencontre. Ponctuation haletante, mots chargés, rapides, lourds, projectiles, quand la passion et le désir l'emportent. Depuis le temps que je me tais, trahi seulement par mes yeux et le tremblement de mes mains (?) Hors sujet, donc, bonjour, bonsoir, passez votre chemin et ne revenez me voir qu'avec des intentions honorables. (extrait)'
SAVOIR v.t. (lat. sapere)
(...) les organisations - et spécialement celles où doivent se coordonner des activités diverses et spécialisées - ne peuvent fonctionner et être dirigées que sur la base d'une forme particulière d'ignorance : celle dans laquelle les uns (incluant les managers) sont tenus ou se tiennent de ce que font les autres. 'Je ne peux pas le savoir' et 'je ne veux pas le savoir' s'imposent en pratique comme deux principes fondamentaux du management, bien avant tout autre précepte relatif à la collecte de l'information ou à diverses formes de contrôle.
SCIENCE n.f (lat. scientia)
'(...)La thèse poppérienne selon laquelle la démarcation entre science et non-science doit se faire à partir du critère de réfutabilité est bien connue. Sa traduction pratique réside dans l'adoption du modèle hypothèses - prédictions - observations - tests. (...)
La démarche de recherche qui vient d'être décrite [l'analyse empirique des situations de gestion], avec les ajustements qu'elle suppose en cours de route, présente les traits d'un 'opportunisme méthodique' qui admet que l'on puisse réorienter le travail d'observation en cours de route, en fonction des contraintes spécifiques du terrain. Cela contrarie l'idée de plan d'observation préétabli et poursuivi de manière systématique, que l'on associe à la pratique des tests. Comment prétendre suivre le schéma 'hypothèses-prédictions-observations-tests', si l'on pense que l'on va peut-être observer en fin de compte des phénomènes d'une autre nature que ceux que l'on pensait aller voir ?
Une lecture plus approfondie de Popper suggère deux sortes de réponses (...)
Si nous disons que la cause de la mort de Giordano Bruno fut qu'il a brûlé sur le bûcher, nous n'avons pas besoin de mentionner cette loi universelle, que tous les êtres vivants meurent quand ils sont exposés à une chaleur intense. Sur cette base de connaissance ordinaire considérée comme suffisante, on peut s'intéresser à expliquer des faits singuliers, plutôt qu'à établir de nouvelles lois(?)
La seconde sorte de réponse possible prend pour point de départ la distinction, largement méconnue, établie entre deux sortes de prédictions - la prédiction historique et la prédiction technologique - illustrée par la différence entre prédire la survenue d'un typhon ou prédire que l'abri que l'on a construit va y résister. Popper avance que 'la majeure partie de la physique fait des prédictions d'une forme telle qu'on peut, d'un point de vue pratique, les décrire comme des prédictions technologiques'
Cette remarque devrait étonner un peu ceux qui, au nom de l'unité de méthode des sciences, s'acharnent à prétendre que le seul but recevable pour une pratique scientifique dans notre domaine serait de réaliser des prédictions du premier type. Bien au contraire la méthode préconisée par Popper pour les sciences sociales consiste, non seulement à s'intéresser à des 'logiques de situation', mais à se livrer à des 'manipulations' plutôt qu'à des 'prophéties', en mettant en ?uvre localement des éléments de ce qu'il appelle une 'technologie sociale fragmentaire' (?)
Voilà donc deux solides raisons pour soutenir que la pratique de recherche défendue ici peut prétendre à la scientificité, sur la base des critères normatifs établis par Popper.
OUTILS (de Gestion) n.m (lat. utensilia)
(...) En réalité, la plupart des ensembles que l'on désigne habituellement sous le nom d'outils de gestion peuvent être considérés, à mon avis, comme des machines, car ils en possèdent la plupart des traits caractéristiques. Par exemple, une comptabilité (analytique ou générale) suppose un fonctionnement régulier (...) , le savoir sur lequel elle repose est pour une grande part extérieur à ceux qui la tiennent (...)
L'avantage de les considérer sous l'aspect 'machines' me paraît assez évident. Cela permet de mettre au premier plan des phénomènes tels que : déqualification relative et interchangeabilité des cadres , opacité plus grande (on perd de vue les finalités de l'activité pour se centrer sur les nécessités de l'entretien et du fonctionnement en continu) , existence d'un secteur d'activités de production et de commercialisation des machines de gestion, etc. Cela permet aussi de mieux poser le problème de la dialectique des finalités de l'action et des moyens d'action : on met en place une machine en vue d'un résultat, mais la logique de la machine finit par primer la logique de l'action.'
Date de dernière mise à jour : 18/04/2013



